"Traverser la carapace"

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# 04/02/2010 à 15:28 nicola
Je viens de terminer un petit rédactionnel sur « La Sauce » http://www.cuisinedesanges.com/rubrique,la-sauce,511504.html dans lequel j’évoque un de nos objectifs ; « traverser par l’intensité du plaisir la carapace des à priori culinaires ». En écrivant cette phrase, j’ai immédiatement eu envie de développer l’autre objectif, le principal, celui qui est plus difficilement affichable sur la partie visible du site.

Je crois que la nourriture est quelque chose qui nous a tous marqués dans notre petite enfance par son association instinctive au lait et au lien maternel. Au-delà de la nécessité absolue de nourrir notre corps support de notre être (ce qui en soit est déjà fondamental), cet acte a forcément une connotation qui nous relie à l’affectif et au monde de nos émotions.

Or notre vie nous amène tous à plus ou moins nous couper de ce monde, à afficher des façades, des personnages, des rôles. Lorsque les difficultés récurrentes apparaissent et que l’on décide de revenir à la vérité de « qui nous sommes », il s’agit d’abord de recontacter ce monde d’émotions avec lequel notre ego ne peut pas « faire mumuse » (c’est ce que propose de faire la psychothérapie).

Sans aller jusque là, chaque fois que l’on reçoit de la nourriture d’une autre personne, on se retrouve dans une situation qui potentiellement nous renvoie à cette première période de notre vie.

L’importance de l'intention quand on produit cette nourriture est donc essentielle. La notre est effectivement de « traverser des carapaces par l’intensité du plaisir ». Mais le faire pour celle d’à priori culinaires ne nous intéresse pas tant que pour celle du personnage !

Il est difficile d’exprimer le plaisir que j’ai à aborder des séminaires d’entreprise dans lesquels les convives arrivent, bardés de leur statut social et de leurs protections et qui, au bout d’un ou 2 repas commencent à se rapprocher de leur authenticité parce que la cuisine les a percutés intensément et en douceur.

Même si tous nos repas ne se font pas dans des contextes aussi spécifiques, le résultat de nos prestations tient d’abord à cette volonté de toucher le (CŒUR du) convive. Je crois profondément que chacun d’entre eux se nourrit d’abord de cela, d’une nourriture qui le rapproche un peu plus de son être.

Le "terrain" devient alors plus propice à la rencontre et c’est pour cela que nous cuisinons.

Un film illustre remarquablement l'impact de la démarche. Dans "Ratatouille" de Pixar, La carapace d'Anton EGO explose avec une simple ratatouille qui le reconnecte à ses sensations d'enfant et à la vérité de "qui il est". Son cauchemar s'arrête, sa vie recommence... A voir ou revoir...
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